La trajectoire imposée est claire : en 2035, les voitures thermiques neuves disparaîtront des concessions françaises, une échéance dictée à la fois par Bruxelles et par l’exécutif national. Dans les usines et bureaux d’études, certains groupes accélèrent déjà la cadence vers l’électrique, alors que d’autres continuent d’explorer la voie de l’hybride ou des alternatives inédites.Depuis 2020, la filière automobile encaisse sans relâche des revers : les immatriculations de véhicules neufs décrochent, les chaînes de montage subissent la pénurie de semi-conducteurs, les coûts des matières premières grimpent. Pourtant, le marché de l’occasion tient bon et les bornes de recharge se multiplient, à un rythme hétérogène selon les régions.
Où en est l’industrie automobile française face aux bouleversements mondiaux ?
La tempête qui secoue le secteur automobile français ne faiblit pas. En 2024, la production chute à 1,34 million de véhicules, soit encore 10 % de moins que l’an dernier. Même tendance pour les immatriculations : -14,5 % en mars 2025. Impossible d’ignorer l’écart avec 2019, la France n’a toujours pas retrouvé son niveau d’activité d’avant-crise, accusant 20 % de retard sur les volumes.
Pourtant, la filière reste un pilier économique : 4 % du PIB, deux millions d’emplois. Derrière les chiffres, des techniciens, des ingénieurs, des ouvriers alimentent l’énergie des usines et des centres de recherche. Les emblèmes nationaux, Renault et Stellantis, doivent composer avec des normes européennes de plus en plus exigeantes. Bruxelles serre la vis, Paris anticipe l’extinction du thermique fixé à 2035.
Chez les équipementiers, Valeo, Michelin, Forvia et Plastic Omnium s’imposent dans la course à la technologie. L’Hexagone garde un tissu industriel robuste, mais la concurrence asiatique s’intensifie, alors que le parc automobile (45 millions de voitures) se renouvelle moins vite. Les investissements et les volumes reculent, les arbitrages deviennent plus acérés.
Pour mieux comprendre les forces en présence, trois axes dominent aujourd’hui :
- Renault et Stellantis : ces marques historiques doivent innover et accélérer pour éviter le décrochage.
- Valeo, Michelin, Forvia : ces acteurs techniques, souvent en retrait du grand public, jouent un rôle de premier plan dans la compétitivité de la filière.
- Le marché automobile français : désormais interconnecté à l’échelle européenne, il doit gérer la montée rapide des constructeurs chinois et naviguer au milieu d’un paysage réglementaire toujours plus dense.
Les grandes tendances qui redéfinissent le secteur à l’horizon 2025
Le secteur automobile européen connaît une mutation rapide. Entre la pression environnementale qui s’accentue et la percée des constructeurs chinois, la France est forcée d’ajuster ses priorités. Le véhicule électrique s’impose progressivement, déclassant les modèles thermiques. Cette évolution repose sur des aides publiques conséquentes et un maillage de bornes de recharge qui se densifie, même si le rythme varie d’une région à l’autre. Les batteries lithium-ion et les matières premières stratégiques deviennent le nerf de la guerre pour les industriels.
2023 marque un tournant : les véhicules hybrides représentent près d’un quart des ventes. Les constructeurs européens accélèrent sur l’électrique et l’hybride, mais la compétition est vive. Tesla continue de dominer le segment, talonné par Volkswagen, BMW et Peugeot. Pendant ce temps, BYD, fort de son usine hongroise, vise 5 % de parts de marché en Europe. L’arrivée massive de véhicules chinois pousse la France à renforcer ses barrières douanières.
Au-delà des moteurs, l’innovation s’invite partout : le véhicule autonome entre dans la partie, avec une sophistication croissante des capteurs, caméras et logiciels embarqués. En parallèle, la mobilité partagée, le leasing et le MaaS (Mobility as a Service) transforment la relation des Français à la voiture, brouillant la notion traditionnelle de propriété.
Voici les courants qui modèlent la filière actuellement :
- Véhicules électriques et hybrides : l’offre s’élargit, la demande suit le mouvement, la transition industrielle s’accélère.
- Concurrence internationale : les marques chinoises progressent rapidement, les groupes européens répliquent avec de nouveaux modèles et innovations.
- Mobilité connectée : de nouveaux services voient le jour, modifiant en profondeur le rapport à l’automobile et la façon de l’utiliser.
Quels défis majeurs pour les acteurs français dans cette transition ?
L’automobile française affronte une série de chocs. Face à l’Union européenne, Renault et Stellantis n’ont pas le choix : ils doivent accélérer leur transformation vers l’électrique et réduire leur empreinte carbone. La réglementation va bien au-delà du choix du moteur, elle touche toute la chaîne, des fournisseurs aux distributeurs.
La réalité économique est rude : la production baisse de 10 % en 2024, les immatriculations s’effondrent de 14,5 % en mars 2025, et le marché reste en retard par rapport à 2019. Les importations asiatiques gagnent du terrain, la demande intérieure s’essouffle. Les marques françaises doivent prouver qu’elles peuvent rester dans la course tout en respectant des contraintes écologiques de plus en plus strictes. Les zones à faibles émissions restreignent la circulation des voitures anciennes, accélérant le renouvellement d’un parc qui frôle les 45 millions d’unités.
Les équipementiers, eux, vivent une mutation permanente. Valeo, Michelin, Forvia, Plastic Omnium adaptent leur offre à la montée en puissance de l’électrique et de la connectivité. Les alliances stratégiques se multiplient : Stellantis fait équipe avec Leapmotor, Renault noue un partenariat avec SUEZ autour de l’économie circulaire. La filière se réinvente, recompose ses métiers, souvent dans la douleur, face à une concurrence européenne et mondiale sans répit.
Innovations et perspectives concrètes : à quoi s’attendre dans les prochaines années ?
Le secteur automobile français aborde un tournant. Les grands constructeurs tels que Renault et Stellantis investissent massivement dans l’électrification et l’économie circulaire. La Refactory de Flins, portée par Renault, en est l’illustration : cette usine se consacre au recyclage, à la réparation et au reconditionnement, rompant ainsi avec la logique du tout-jetable.
Chez Stellantis, le SUSTAINera Circular Economy Hub sert à optimiser la réutilisation des pièces et des matériaux. Cette stratégie vise à limiter la dépendance aux ressources sensibles, dont l’approvisionnement devient de plus en plus incertain à cause des tensions internationales. L’économie circulaire s’impose comme un véritable levier d’innovation, un moyen de transformer l’industrie et un atout pour la durabilité.
La technologie avance sur tous les fronts et bouleverse les habitudes :
- Véhicules autonomes : Renault expérimente le prototype EZ-GO, tandis que la RATP teste des navettes autonomes à Paris.
- Recharge intelligente : Continental et Volterio développent des bornes de recharge automatisées pour simplifier l’utilisation au quotidien.
- Partage et nouveaux usages : Mobilize Share (Renault) et Free2move (Stellantis) proposent des solutions de mobilité qui répondent au recul de la propriété individuelle.
Les équipementiers, à l’image de Forvia (anciennement Faurecia), s’unissent pour renforcer leur position sur des segments clés : batteries, matériaux innovants, électronique embarquée. Toute la filière se prépare à une recomposition profonde, dictée par l’innovation et l’exigence écologique. L’industrie automobile française a du chemin à parcourir, mais la transformation est déjà en marche. Pour ceux qui n’ont pas peur de bousculer les codes, la route reste largement ouverte.

