En France, un tiers des adultes reconnaît ressentir une baisse de moral à l’approche du dernier jour de la semaine. D’après une enquête menée par l’Ifop en 2023, ce sentiment touche particulièrement les jeunes actifs et les personnes vivant seules.
Pourquoi le dimanche semble-t-il propice à l’ennui ?
Le dimanche s’impose à contretemps. La semaine déroule ses obligations, le week-end apporte une bouffée d’air, puis soudain le dimanche surgit et tout ralentit. L’énergie collective retombe. Pour le psychiatre Florian Ferreri, le « blues du dimanche » découle de la rupture des repères et de la disparition des cadres habituels. Le dimanche après-midi expose un vide particulier : certains l’habillent de calme, d’autres le ressentent comme un poids immobile. Le philosophe Gilles Vervisch parle de « morosité existentielle » : ce jour flotte, indécis, oscillant entre liberté et attente passive. Aux dernières lueurs, quand la lumière décline et que le silence s’étire, l’ennui se faufile, exacerbé par l’écho du lundi qui approche. Ce sentiment d’ennui, assorti de morosité, n’a que peu d’égards pour la météo : il s’abat aussi bien en samedi ensoleillé qu’en jour de pluie, car la ville tourne au ralenti. Sur les réseaux sociaux, les images de week-ends idéalisés renforcent un sentiment d’écart : le dimanche, chacun mesure son rythme à l’aune de vies parfaitement scénarisées. Entre midi et le dimanche soir, le temps semble parfois suspendu. La tentation de se laisser gagner par l’ennui se glisse alors dans les espaces libres de notre routine.
Entre lassitude et liberté : ce que révèle le blues du dimanche
Le blues du dimanche apparaît lorsque le repos de la pause hebdomadaire vient buter sur la perspective de la reprise. Le travail laisse place à l’attente, la lassitude des corps et des esprits s’infiltre alors. Pour Florian Ferreri, ce trouble du dimanche soir s’alimente à l’anticipation de la semaine suivante, qui rogne la tranquillité du moment. Ce mélange d’ennui et de morosité invite à questionner : sommes-nous prêts à accueillir un temps vraiment libre, sans objectif ni performance ?
Selon Gilles Vervisch, cette confrontation à la vacance s’oppose frontalement aux injonctions à l’occupation permanente : notre valeur semble souvent mesurée à l’aune de la productivité, y compris sur le temps libre. Privé de repères, lesté du silence du dimanche soir, notre regard sur nous-même tangue.
Quelques pistes peuvent aider à traverser ces heures de suspension :
- Reconnaître la différence entre temps imposé et temps choisi ; questionner la cadence habituelle de la semaine
- Redonner au dimanche une saveur de liberté, sans le remplir systématiquement d’activités planifiées
- Explorer de nouvelles manières de solliciter son esprit, en dehors des logiques de travail ou de rentabilité
Le blues du dimanche soir ne s’évapore pas sous une avalanche de distractions. Il s’agit plutôt de réinventer la place de l’ennui, de chercher des équilibres différents entre attente, envie et disponibilité intérieure.
Des idées concrètes pour transformer l’ennui en moments inspirants
Le dimanche crée une parenthèse déroutante. Face à ce vide, beaucoup optent pour les solutions les plus accessibles : enchaîner les épisodes de séries, défiler sans fin sur les réseaux sociaux, noyer le temps sous l’anesthésie des écrans. Pourtant, d’autres possibilités existent, capables de transformer l’ennui en source de curiosité ou de création.
Tisser un rythme singulier
Pourquoi ne pas accorder votre tempo à vos besoins ? Le dimanche après-midi peut se métamorphoser en atelier créatif, loin des injonctions de la semaine ou de la pression professionnelle. Osez effacer les repères horaires habituels. Autorisez-vous la lenteur, la digression, l’expérimentation : lecture sans objectif, écriture spontanée, marche urbaine ou en pleine nature.
Voici quelques façons concrètes d’apporter une nouvelle tonalité à ce jour souvent redouté :
- Imaginer des petits ateliers à la maison : réaliser une recette inédite, dessiner pour soi, commencer un carnet d’écriture sans contrainte
- Valoriser l’instant partagé : lancer un jeu de société en famille, renouer le dialogue avec un proche lointain
- Explorer de nouvelles pistes : se laisser surprendre par un documentaire, tester une série de podcasts, composer une playlist original
Pour apprivoiser le blues du dimanche, il est parfois utile de consentir au vide, afin de mieux se l’approprier. Il ne s’agit pas toujours de trouver une solution à l’ennui, mais de s’y pencher avec bienveillance : transformer la vacuité en qualité d’attention, débusquer ce qui nous anime sans céder à la surenchère de performance. Le dimanche devient alors un laboratoire intime, propice à l’élaboration de nouveaux rituels.
Explorer d’autres horizons pour réenchanter ses dimanches
Le dimanche semble parfois se dilater, lourd du silence ou du manque d’entrain ambiant. Et pourtant, derrière cette lenteur, il existe toujours un espace à investir différemment, loin des réflexes de la semaine. Le sentiment de bien-être se nourrit alors d’une nouvelle relation au temps libre : non plus remplir, mais ressentir.
Certains choisissent d’amorcer une exploration personnelle : méditation, carnet de gratitude, exercices de respiration qui recentrent. D’autres préfèrent la dynamique collective : s’intégrer à un groupe créatif, rejoindre un atelier éphémère. Le vrai défi consiste à ne pas céder à l’appel unique de la distraction mais à honorer, par de nouveaux gestes, la valeur singulière du dimanche.
Pour aborder le temps libre sans lassitude, plusieurs chemins émergent :
- S’offrir des instants de pause totale, observer les détails, s’autoriser à éprouver ce qui advient
- Partager sans attentes : sortir marcher à plusieurs, inviter en toute simplicité, cultiver des échanges sans urgence
- Découvrir autrement : se plonger dans un livre qui interroge, ouvrir un podcast inspirant, s’initier à une pratique artistique encore inconnue
Cet espace du dimanche, si souvent teinté de morosité, n’attend que d’être investi consciemment. Donner du sens au vide, ajuster ses attentes, déplacer le regard : c’est cela, aussi, réinventer le dimanche. Un jour qui garde sa part d’ambiguïté, mais qui peut, chaque semaine, nous offrir une page blanche à remplir à notre gré.

